Le monde de Kaarllyhnns

La vision scientifique de la flagélation

Le fouet donné sur les épaules est dangereux. De là viennent des fluxions et autres maladies sur les yeux. On démontre par des raisons physiques qu’il est plus nuisible sur les reins et sur les cuisses. Il est contre la pudeur et la bienséance, tant pour les hommes que pour les femmes, de se fouetter sur les fesses.

L’étude de la physique nous apprend que tous les nerfs du corps humain tirent leur origine du cerveau, et qu’ils se forment d’une espèce de moelle qui passe par le canal des vertèbres, dont l’épine du dos est composée. Nous voyons ensuite que les rameaux des nerfs sortent de plusieurs petits trous de ces vertèbres, comme de leur tronc, et se répandent dans toutes les parties du corps. Les anatomistes ont observé qu’il y a une certaine paire de nerfs, qui vient après la cinquième vertèbre, et qui s’entrelace dans les épaules ; d’où elle sort pour se rejoindre vers le haut, et pousse de petits filaments dans les vertèbres de la nuque lu cou. Ainsi tous ces nerfs s’engagent dans les épaules, et y servent à produire les sensations. D’ailleurs, les anatomistes font toucher, pour ainsi dire, au doigt, quatre muscles, qui forment tous les mouvements des épaules, et qu’ils nomment le dentelé [1], le trapèze, le rhomboïde et le levier, ou releveur. Afin donc que les nerfs et les muscles fassent leur fonction, le cerveau leur fournit toujours quantité d’esprits vitaux, qui découlent par le moyen des nerfs dans toutes les parties du corps, et y causent une tension, d’où résulte l’opération des sens. Cela posé, il est clair que les coups de verges et de fouet détournent le cours de ces esprits vitaux, qu’ils les répercutent vers le cerveau, d’où ils tirent leur origine, ou qu’ils les dissipent entièrement ; de sorte que cette accession continuelle d’esprits, et la dissipation qui s’en fait, ne peuvent qu’affaiblir les nerfs optiques et causer du mal aux yeux. C’est ce qui tenait en suspens le jésuite Gretzer ; incertain, quel était le moins dangereux, de se donner la discipline sur le dos, ou sur les fesses, il consulta, selon qu’il le témoigne lui-même, un médecin très habile et fort expérimenté, qui répondit à sa question de la manière suivante [2] : « L’opinion vulgaire, dit ce docteur, que les coups de fouet appliqués sur le dos peuvent incommoder les yeux, n’est point du tout probable. Il est vrai que la trop fréquente saignée nuit au cerveau, et en même temps aux yeux, qui en sont, au dire de quelques-uns, comme les rejetons, et qu’elle cause ce mal par la diminution de la chaleur naturelle. Mais il ne se fait pas dans les disciplines une si grande effusion de sang que le cerveau en puisse perdre de sa chaleur ; au contraire, si on emploie avec succès les scarifications du dos pour guérir plusieurs maladies des yeux, pourquoi craindrait-on quelque préjudice des coups de fouet ? Ce n’est donc qu’à ceux qui ont la vue faible, et dont la chaleur naturelle est presque éteinte que cet exercice peut nuire. Outre que la discipline qu’on reçoit sur le dos, et qui ne fait que rendre la peau rouge sans en tirer du sang, n’est pas si violente qu’on en puisse appréhender aucune suite fâcheuse. » Voilà quelle est la décision de et illustre médecin, à quoi Gretzer ajoute : « Qu’il y souscrit volontiers et de bon coeur. » Quoi qu’il en soit, il est certain qu’une longue expérience, qui n’est pas d’ordinaire trompeuse, a confirmé l’observation que j’ai déjà faite. C’est aussi pour cela que les capucins et quantité de moinesses ont, par l’avis de savants et pieux médecins, abandonné la discipline des épaules, et qu’ils se réduisent à se déchirer les fesses et les lombes à coups de verges hérissées d’épines, ou avec des cordelettes nouées. Mais il faut prendre garde que pour fuir un mal, ils ne courent imprudemment vers celui qui est opposé, et que selon le proverbe latin, dans le désir qu’ils ont d’éviter Scylla, ils ne tombent en Charybde. Du moins la flagellation des lombes est d’autant plus dangereuse, que les maladies de l’esprit sont plus à craindre que celles du corps. Les anatomistes observent que les lombes s’étendent jusqu’aux trois muscles extérieurs des fesses, le grand, le moyen, et le petit ; et qu’il y en a trois internes, ou un seul qu’on nomme le muscle à trois têtes, ou le triceps, parce qu’il prend son origine de trois endroits de l’os pubis, de la partie supérieure, de la moyenne, et de l’inférieure. Cela posé, il faut de toute nécessité, que lorsque les muscles lombaires sont frappés à coups de verges, ou de fouet, les esprits animaux soient repoussés avec violence vers l’os pubis, et qu’ils excitent des mouvements impudiques à cause de la proximité des parties génitales. Ces impressions passent d’abord au cerveau, et y peignent de vives images des plaisirs défendus, qui fascinent l’esprit par leurs charmes trompeurs, et réduisent la chasteté aux derniers abois. On ne saurait douter que la nature n’agisse de même, puisqu’outre les veines émulgentes, spermatiques et adipeuses, il y en a deux, qu’on nomme lombaires, qui sont entre les vertèbres de chaque côté de la moelle spinale, et qui portent du cerveau une partie de la matière séminale. De sorte que cette matière échauffée par la violence des coups de fouet, se précipite dans les parties qui servent à la génération, cause de la démangeaison, et par le choc de l’os pubis, au milieu duquel la nature a placé les pudenda de l’homme et de la femme, excite au plaisir brutal le la chair.

L’expérience confirme admirablement toutes les observations des médecins, qui fouillent dans les endroits les plus cachés de la nature. Du moins on trouve une infinité d’exemples de certains hommes, qui étaient d’un tempérament si lascif, qu’ils n’ont jamais goûté tant de plaisir à satisfaire leur passion brutale, et à s’enivrer de ces criminelles délices, qu’après avoir été rudement fustigés à coups de fouet, ou avec des écourgées, et des verges de bouleau. Je m’en vais transcrire avec fidélité quelques uns de ces exemples, et je laisserai aux lecteurs équitables le soin de juger, quelle est la considération qu’ils méritent.

Coelius Rhodiginus rapporte là-dessus l’histoire suivante [3] : « Il ne s’est pas écoulé bon nombre d’années, dit-il, depuis le temps qu’il y avait un homme d’une lascivité qui n’approchait pas seulement de celle du coq, mais qui allait jusqu’à un tel excès, qu’on aurait de la peine à le croire, si la chose n’était avérée par des personnes dignes de foi. Plus il recevait des coups de verges, plus il se portait avec ardeur à l’action, et, ce qu’il y avait d’étrange, c’est qu’on ne pouvait décider lequel il souhaitait le plus avidement, ou le fouet, ou le coït ; mais il paraissait toujours que son plaisir redoublait par les coups. Il priait donc avec de grandes instances qu’on le fessât avec un fouet, qui avait trempé tout un jour dans le vinaigre ; mais si le fouetteur le traitait un peu trop doucement, il entrait en furie et l’accablait d’injures, et il ne croyait jamais d’en avoir assez, que le sang ne vint à couler. C’est, si je ne me trompe, le seul homme qui ait souffert en même temps de la peine et goûté du plaisir, puisqu’au milieu de la douleur il sentait des chatouillements agréables, et que par ce moyen, il assouvissait ou enflammait la démangeaison de la chair. Mais ce qu’il y a d’aussi surprenant, c’est qu’il n’ignorait pas qu’il y avait du crime dans cette nouvelle sorte d’exercice ; qu’il s’abominait pour cela, et qu’il s’en faisait la guerre. Cependant, il en avait si bien pris l’habitude, qu’il ne pouvait s’empêcher de la suivre, quoiqu’il la désapprouvât. Enracinée dans son coeur dès l’enfance, lorsqu’excité par les coups de fouet, il s’était abandonné au plaisir de la chair avec ses compagnons, il lui fut impossible de s’en défaire dans la suite. »

Othon Brunsfeld, dans son Onomasticon de Médecine, au mot coïtus, dit qu’il y avait de son temps à Munich, ville capitale de Bavière, et le jour des électeurs, un homme qui ne pouvait pas s’acquitter envers sa femme du devoir de mari, à moins qu’il ne fut plutôt rudement battu à coups de fouet.

Meugbus de Fayence, Pratiq., part. II, chap. Des Passions des Parties Génitales, assure, qu’on peut se provoquer à l’amoureux déduit, lorsqu’on se trouve froid à cet égard, et remédier à la petitesse de la verge, si on craint qu’elle soit stérile, en se piquant les aines avec des orties vertes.

Jean Henri Meibomius dans son Epître à Christien Cassius, Évêque de Lubeck et Chancelier du Duc de Holstein, lui parle en ces termes [4] : « J’ajouterai ici un exemple d’une chose arrivée à Lubeck pendant que j’y étais. Un citoyen de la ville, vendeur de beurre et de fromage, qui demeurait dans la rue du Moulin, accusé devant le magistrat d’avoir commis adultère et de quelques autres crimes, fut banni hors du pays. Mais son adulteresse avoua en présence des Sénateurs établis pour juges des causes criminelles, que jamais il ne s’était mieux comporté dans l’action, et fait paraître qu’il avait de la vigueur, qu’après qu’elle l’avait fouetté sur le dos à coups de verges. Elle disait de plus, qu’après avoir fait son devoir, il était incapable de recommencer, à moins que d’être fessé tout de nouveau. L’adultère lui-même le niait d’abord, mais quand on l’eut interrogé sérieusement et qu’on lui fit des menaces, il n’en disconvint pas. J’ai pour témoins de ceci mes deux amis Mrs Thomas Norving et Adrien Moler, qui sont encore en vie, comme vous savez, et que le Sénat avait nommés pour être juges de cette cause. » Et page 46 : « Il n’y a que peu d’années que dans la principale ville des Provinces Unies du Pays-Bas, un homme élevé à une dignité considérable, et fort adonné au plaisir de la chair fut surpris avec une femmelette qu’il entretenait ; et on découvrit qu’il ne pouvait presque jamais rien faire avec elle, à moins qu’il n’y fût excité à coups de fouet. »

Quoi qu’il en soit, de toutes ces histoires, que peut-on imaginer de plus indécent que d’exposer le derrière et les cuisses toutes nues au soleil, et de prendre ainsi la discipline ? La seule idée d’une action si obscène suffit pour la faire trouver ridicule et impertinente. « La nature, dit Tertullien [5], a attaché la crainte, ou la honte à toute action qui est mauvaise. » C’est pour cela même, que ceux qui se sentent coupables de quelque crime cherchent à se cacher, et n’osent paraître en public. Où est celui qui ne craindrait de se fouetter les reins et les fesses à coups de verges sur un lieu élevé et à découvert, ou devant une assemblée nombreuse et à la vue des hommes ? Qui oserait se déchirer la peau si cruellement ? Il n’y a donc plus sujet de douter que les flagellations ne soient mauvaises, puisque la crainte et la pudeur accompagnent ceux qui les pratiquent. Ce n’est pas tout, les anciennes Règles défendaient aux moines de regarder jamais aucune partie nue de leurs corps ; mais comment se peut-il faire qu’un moine, ou une moinesse, qui, pour se fouetter plus commodément, et à leur aise, troussent leurs habits jusqu’aux reins, et découvrent l’entre-deux et le dehors de leurs cuisses, ne voient aucune partie nue de leur chair ? St Grégoire de Nysse, dans son Épître Canonique à Letoyus, loue la coutume qu’on avait d’enterrer les cadavres après la mort ; « ce qu’on faisait, dit-il, afin que le déshonneur de la nature humaine ne fût pas exposé au soleil. » Mais n’est-il pas plus honteux et plus infâme, dans l’état de la nature corrompue, de montrer à la face du soleil les lombes des jeunes filles, et leurs cuisses d’une excellente beauté, quoique consacrées à la religion, qu’un cadavre pâle et défiguré ? Nos premiers parents avaient-ils d’autres yeux à craindre que ceux de la Divinité, lorsqu’ils s’aperçurent qu’ils étaient nus, et que la honte et la pudeur commencèrent à les saisir ? « L’amour de Dieu, dit St Augustin [6], qui leur donnait de la confiance avant le péché, augmentait leur honte après la chute, et ils n’osaient plus montrer à ses yeux cette nudité qui leur déplaisait à eux-mêmes. » Ceux qui se découvrent si souvent les lombes et les cuisses pour se donner le fouet, quoiqu’ils ne le fassent qu’en présence de Dieu seul, ne paraissent pas trop bien disposés à réfléchir sur les paroles de ce Père, ni sur tout ce que nous avons étalé dans ce petit ouvrage. Que toutes les personnes donc élevées en dignité, et tout ce qu’il y a de juges intègres dans l’Église chrétienne et la République des Lettres le lisent avec soin ; et je me flatte qu’ils tomberont d’accord, que la discipline d’en bas a presque toujours passé, non seulement pour un usage moderne et inutile, mais aussi pour un exercice mauvais, vilain et infâme.

FIN

Le fouet est pour le cheval, le mors pour l’âne, et la verge pour le dos de l’insensé.
Prov. XXVI. 3.


07/05/2010
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